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Les roches, les plus banals des minéraux >  Minéraux de gisements particuliers >

   

   

   

 

Antimoine

L'utilisation de l'antimoine remonte au moins à 4 000 ans avant notre ère puisque l'on a retrouvé un vase chaldéen en antimoine pur. On lit aussi dans la Bible que Jézabel se fardait les yeux avec de la stibine, minerai d'antimoine. Au Moyen Age se développent ses applications techniques, comme par exemple son rôle de pigment coloré en verrerie, ce dont témoignent les premiers vitraux de l’église Saint Julien de Brioude. C'est à cette époque aussi que l'on commença à utiliser les vertus thérapeutiques de cet élément, essentiellement purgatives. Aimé Rudel signale que pendant longtemps chaque famille auvergnate possédait un gobelet en antimoine que l'on remplissait du vin acide de cette région le soir, pour le faire boire, chargé d'antimoine, au malade le lendemain matin. Mais les résultats étaient parfois contrariants et le doute entoura cet élément qui fut, un temps, banni des officines des apothicaires.  Un ami nous signalait qu’il n’y a pas si longtemps, un paysan habitant à proximité du gisement de La Rodde lui avait bien recommandé de ne pas boire de l’eau de la vallée, car elle était "mauvaise". Ne se dit-il pas que le nom d'antimoine a été donné à ce métal après qu'un médecin du Moyen Age eut constaté la mort des moines auxquels il avait prescrit ce médicament pour leur redonner du tonus. Ce n'est qu'après avoir été utilisé avec succès sur le jeune roi Louis XV que l'antimoine retrouva, au XVIIe siècle, sa place en pharmacie, sous des appellations bien différentes d'aujourd'hui. Ainsi, les composés d'antimoine que l'on connaît sous les noms de stibiotartrate de potassium, trioxyde d’antimoine, oxychlorure, pentasulfure, trichlorure, se nommaient respectivement émétique, fleurs argentines, poudre d’Algaroth, soufre doré, beurre d’antimoine. C'est également au XVIIe siècle que l'on isole cet élément chimique en y reconnaissant un métal.

Avec un tel passé, il n'est pas surprenant que l'on ne connaisse pas de façon certaine l'étymologie de ce mot. A-t-il été donné à la suite de son effet fatal à quelques moines? Provient-il du latin médiéval "antimonium", qui signifie "d'origine incertaine" ? Toujours est-il que l'usage du mot antimoine date du Moyen Age. Auparavant, on parlait de stibium, mot latin qui provenait sans doute lui-même du  grec "" (prononcer stimis), à moins qu'il ne vienne de l'arabe "ithmid".

L'antimoine reste un métal peu connu. Avec un clarke de 0,2 g/t, il est relativement rare dans la croûte terrestre. Il existe cependant 25 districts miniers dans le monde où l'antimoine, sous forme d'oxydes et de sulfures a été (ou est) rentable. Deux d'entre eux sont français, celui de la Lucette en Mayenne, et celui de Brioude-Massiac qui a produit 40 % de l'antimoine français (39 000 t d'antimoine), conférant à la France la place de premier producteur mondial d'antimoine, de 1890 à 1909. La concurrence internationale provoqua le déclin de notre production dès 1931 et son arrêt presque total en 1936, Aujourd'hui, les principaux producteurs sont l’Afrique du Sud, la Bolivie, la Chine, la Russie et la Turquie.

L'antimoine est à présent surtout consommé par l'industrie où il trouve de nombreuses applications. Sous forme métallique, l’antimoine entre dans les alliages avec le plomb pour servir entre autres de métal antifriction, ou pour la fabrication de plaques d’accumulateurs. On l’utilise aussi sous forme de trisulfure Sb2 S3 comme métal antifriction ou comme pigment. L’antimoniate de sodium Sb2O5Na2O est utilisé dans la fabrication de verres spéciaux anti-UV. Enfin la plus grosse consommation actuelle d’antimoine se fait sous forme d’oxyde blanc ou trioxyde Sb2O3 pour ignifuger les plastiques et pour vulcaniser les caoutchoucs.

Principaux minéraux d'antimoine de la région

L'antimoine entre dans la composition de très nombreux minéraux dont nous ne retiendrons ici que les plus importants parmi ceux qui ont été trouvés lors de l’exploitation minière régionale. Ils se classent en trois catégories : sulfures, oxydes et sulfoantimoniures.

1-   Sulfures : retenons-en deux, la stibine et la berthiérite. De très beaux groupes de cristaux de stibine ont été trouvés dans le filon du Dahu, près de Lubilhac, en Haute-Loire (photos 103, 104, et 105).

2-   Oxydes : Comme il s'agit de minéraux d’altération supergène de la stibine, ils se situent dans la zone filonienne la plus proche de la surface. Ils peuvent être mal individualisés les uns par rapport aux autres. Leur abondance locale les rend parfois exploitables. Les plus importants du secteur de Brioude-Massiac sont la stibiconite, relativement fréquente (photo 107), la valentinite, la sénarmontite et la cervantite, beaucoup moins abondantes que la stibiconite, et enfin la kermesite.

3-   Sulfosels : Dans la région ce sont surtout des sulfoantimoniures de plomb qui se distinguent les uns des autres par leurs teneurs respectives en plomb et en antimoine. On trouve de la semseyite de la boulangerite et de la plumosite (photo 108) . Leur teneur en antimoine n'étant que de 25 à 30 %, ce sont des minerais moins intéressants que les précédents. On ne peut les utiliser que sous forme .d’alliage plomb-antimoine, mais ils sont valorisés lorsque le plomb est argentifère.

Le district à antimoine de Brioude-Massiac

En dehors de quelques petits gisements sans importance économique situés sur le versant oriental du Massif Central, dans le Beaujolais et en Ardèche, les gisements d’antimoine de la région étudiée dans cet ouvrage se situent tous dans la zone située entre Brioude dans la Haute-Loire et Massiac dans le Cantal. Ils sont pour un grand nombre à cheval sur la limite des deux départements, dans une région centrée par la vallée de l’Alagnon, affluent de la rive gauche de l’Allier.

a- Bref historique

A en croire Marie Grenier l’antimoine aurait été exploité dès l’Antiquité, comme l'attestent de vieux boisages et une lampe de mineur en terre cuite d’origine romaine retrouvés dans cette région. Par la suite, au XVIe siècle, François Ier puis Henri III autorisent l'exploitation de toutes les espèces minérales connues dans la région. Au XVIIe siècle, sous Richelieu, les petites mines se multiplient, comme le signale Martine de Bertereau, célèbre minéralogiste de l'époque, après une visite à Lubilhac et à Langeac. Au XVIIIe siècle les informations sont plus précises, en particulier sur les mines d’antimoine et de plomb dans la région de la vallée de l’Alagnon. Après avoir créé des fonderies au bois, les "métallurgistes" de l’époque obtinrent  le monopole de l’exploitation, mais cela ne suffit pas à créer une organisation rationnelle du travail car dans ces pays reculés les mineurs sont toujours les paysans locaux. Par contre, l'absence de concurrence fit augmenter les prix. Cela dura jusqu’à la Révolution, mais presque toutes les exploitations étaient arrêtées dès 1787, à l’exception des mines d’Ouche, Bonnac, et Dahu où la fonderie marchait au charbon. Les débouchés de l'antimoine étaient alors dans la fabrication de caractères d’imprimerie, de cloches, de la faïence et de médicaments, essentiellement purgatifs. L’essor industriel du XIX° siècle augmenta les besoins en antimoine, provoquant la création d'usines d’affinage et conduisant Emmanuel Chatillon à mettre au point, en 1888, un nouveau procédé de réduction qui permettait de traiter des minerais pauvres. Les exploitations furent alors actives jusqu’en 1931 où la crise économique entraîna la fermeture de toutes les mines. Une seule d'entre elles, à Ouche, rouvrit de 1945 à 1964. On retiendra que la France fut le premier fournisseur mondial d’antimoine entre 1890 à 1909, 40 % provenant alors du Massif Central. Après avoir produit 121 900 t dont 39 000 pour le seul district de Brioude-Massiac, toute exploitation et prospection sont à présent arrêtées, malgré des réserves connues de l'ordre de 20 000 t.

b- Géologie des gisements

Si le district à antimoine de Brioude-Massiac se classe parmi les 14 premiers à l’échelle mondiale, il est en fait constitué de nombreux filons de petite taille, donc de faible tonnage de métal, ce qui en rend l'exploitation onéreuse. La plupart des filons du district se trouvent dans des schistes cristallins anciens d’origine probablement volcano-sédimentaire. Ces roches ont subi des bouleversements au cours des orogenèses calédonienne et hercynienne, respectivement au début et au milieu de l'ère primaire. Ce sont donc des formations métamorphiques qui ont été plissées et fracturées, et qui sont parfois associées à des plutons granitiques tardi-hercyniens qui peuvent affleurer dans le secteur de Brioude-Massiac. Les gîtes minéralisés du secteur se situent préférentiellement dans l’axe du principal anticlinal de la région, orienté nord-ouest sud-est. Il s'agit de l'anticlinal de Massiac, qui s’étend de la région d’Anzat-le-Luguet dans le Puy de Dôme à celle de Paulhaguet dans la Haute-Loire, et qui est formé de roches métamorphiques parmi lesquelles on peut distinguer d'anciens granites (orthogneiss), d'anciennes roches volcaniques (leptynites et amphibolites), et d'anciennes roches sédimentaires (paragneiss à biotite et sillimanite). Les filons ont une préférence pour les zones les plus plissées et les plus fracturées.

Pour J.J.Périchaud (1980) qui réalisa une étude approfondie du secteur, il existe deux types de filons foncièrement différents tant par le processus de leur mise en place que par leur intérêt économique : les filons à stibine, particulièrement intéressants, et les filons polymétalliques à sulfoantimoniures de plomb, moins rentables à cause de la présence de plomb qui dévalorise le minerai.

Les filons à stibine : âgés d'environ 300 Ma (Namurien-Westphalien), ils sont tortueux, irréguliers, avec des poches minéralisées alternant avec des zones stériles, donc indépendantes les unes des autres. Leur minéralisation a pu être favorisée par la mise en place de plutons granitiques. Leur formation se situe dans un contexte déformant qui a plissé les roches souples que sont les schistes, et broyé les grès en mylonites, ces deux types de roches étant interstratifiées. Des fluides métamorphiques ont drainé les formations environnantes à des températures de l'ordre de 300-350°, s'enrichissant en antimoine et éventuellement en fer et en arsenic. Ils se sont accumulés dans les grès poreux et très fracturés, puis ont été piégés par les schistes imperméables lors de leur ascension.

Ces filons, généralement orientés NE-SO, c’est-à-dire perpendiculairement aux axes anticlinaux, sont minéralisés en stibine, parfois en berthiérite lorsqu’il y a présence de fer, parfois en arsénopyrite. Les oxydes sont fréquents, plus ou moins abondants. La gangue est essentiellement siliceuse, d’abondance variable. Elle est parfois nettement dominante.

Les filons à sulfo-antimoniures de plomb : plus tardifs (190 Ma, Lias inférieur), ils se sont formés lors des réajustements du socle refroidi et rigide qui ont généré de longues failles, larges, profondes et régulières, d’orientation sensiblement est-ouest. Ces failles situées dans des massifs granitiques affleurent en général en surface. Des fluides minéralisateurs ont circulé le long de ces failles à des températures de l'ordre de 100 à 150°, formant sur leurs parois des dépôts rubanés, quartziques ou quartzo-barytiques, parfois carbonatés ou fluorés. La minéralisation est essentiellement sous forme de sulfo-antimoniures de plomb (bournonite, semseyte) mais elle peut aussi contenir de la blende et parfois de l'argent susceptible de valoriser le minerai.

c- Les principaux gisements

Vers Lubilhac en Haute-Loire, une dizaine de filons encaissés dans des gneiss à biotite et sillimanite sont à stibine ± mispickel ± pyrite et ± chalcopyrite. Les caisses filoniennes présentent du gneiss et du quartz broyés parcourus de filonnets de quartz minéralisés en stibine.

Dans cet ensemble, qui a fourni environ 2 000 t. d’antimoine-métal, un filon très modeste (180 tonnes d’antimoine) a livré, au XVIIIe siècle, de nombreuses géodes et de magnifiques cristaux de stibine. Il s’agit du filon du Dahu déjà cité plus haut.

C'est non loin de là mais dans le Cantal, vers Ouche, que se trouvent les quatre filons les plus productifs de l’ensemble du secteur de Brioude-Massiac avec 9 300 t. d’antimoine-métal, la plus grande partie ayant d'ailleurs été fournie par le plus important d'entre eux que l'on connaît sur 1 500m. L'encaissant est formé de gneiss et les caisses filoniennes sont remplies de gneiss mylonitisés dans lesquels la stibine apparaît dans une gangue de quartz, ainsi que de petites quantités d’antimoine natif.

Le filon de La Bessade en Haute-Loire, à quelques kilomètres à l’est de La Chapelle-Laurent, a produit environ 8 500 t. d’antimoine-métal (photos 103 et 104). Il suit une longue fracture très irrégulière au sein des leptynites de l’anticlinal de Massiac. La minéralisation est à stibine ± mispickel ±  pyrite en poches très irrégulières dans une gangue gneissique. Il faut noter la présence d’oxydes d’antimoine en surface.

Le filon de Fraysse, proche de la Bessade a fourni 3 000 tonnes d’antimoine-métal. Située dans une fracture longue de plusieurs kilomètres au sein de leptynites, sa caisse filonienne est remplie de gneiss broyés avec des lentilles de quartz minéralisées en stibine, blende et pyrite (photo 105). D’importantes quantités d’oxydes d’antimoine (stibiconite), présentes à l’apex du filon ont été exploitées.

Le secteur de Freycenet-La Rodde en Haute-Loire, à l’ouest de Lavoûte-Chilhac et à l'extrémité sud du district a fourni environ 2 200 t. d’antmoine-métal. A Freycenet il présente plusieurs filons de stibine dans une gangue de gneiss et de quartz, ainsi que des filonnets de stibine dans de la calcite, et à la Rodde, des filons de sulfo-antimoniures de plomb dans une gangue de quartz et de barytine, dont les principaux minéraux sont semeseyite, bournonite additionnés de sulfosels d’argent. On note également la présence de formes oxydées (stibiconite) (photos 107 et 108). Ce secteur possède aussi quelques filons à galène argentifère dans une gangue quartzo-barytique.

Enfin, au sud-ouest du Babory (vallée de l’Alagnon) se trouve le filon de Pressac (Haute-Loire). Situé dans des gneiss à sillimanite, il a fourni 3 000 t. d’antimoine-métal. Il s’agit d’un large filon rempli de brèche silicifiée minéralisée en stibine et berthiérite ± pyrite et ± marcassite.

On pourrait citer aussi de nombreuses autres anciennes exploitations telles que celles de La Chassagne, d'Auliac, de Marmoissat, mais cela deviendrait un catalogue fastidieux et d’intérêt limité.

En dehors du District de Brioude-Massiac

Quelques filons de stibine sont répertoriés dans les parties septentrionales et méridionales des monts du Lyonnais, à proximité immédiate du bassin houiller de Saint Etienne. Retenons simplement le gisement de Bissieux, sur la commune de Saint-Joseph (Loire), formé d’un faisceau reconnu de 7 filons minéralisés, 4 en stibine aurifère et 3 en quartz pyriteux aurifère (voir la rubrique consacrée à l’or) qui a fait l’objet, au début du XX° siècle, d’une petite exploitation interrompue par la Première Guerre Mondiale (photo 106). Deux récents permis de recherche d’antimoine dans la région ne semblent pas avoir donné de résultats intéressants.

Où trouver des minéraux d'antimoine

Il persiste de nombreuses haldes d’anciennes exploitations minières d’antimoine dans le triangle compris entre Massiac (Cantal), Brioude et Langeac (Haute-Loire).Ces haldes sont d’un accès plus ou moins facile. Il est actuellement difficile de trouver de beaux échantillons bien cristallisés, sauf cependant pour les amateurs de micromontage. Ces derniers ont en effet la possibilité de récolter de très belles touffes de stibine en particulier dans de petites géodes de quartz. Par contre, il est encore possible de trouver de bons échantillons de stibine, berthiérite, semseyite, bournonite, soit massifs, soit en très belles masses cristallines.