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Témoignage : "La femme ingénieur"

Mme Isabelle Labbe-Poulat - Promotion 1995
ACTERNA - Saint-Etienne - Ingénieur Métrologie

Je vais tout d'abord me présenter très sommairement : j'ai 29 ans, je suis mariée, j'ai une petite fille de 1 an et je travaille depuis 6 ans en tant qu'ingénieur métrologie dans l'entreprise ACTERNA à Saint-Etienne. J'ai suivi l'enseignement de l'ISTASE de 1992 à 1995 et j'ai obtenu mon diplôme en 1995, option EO (Electronique et Optique).

On m'a demandé de vous parler de mon expérience de "femme ingénieur", vaste programme, si souvent sujet à questions et discussions.

Ma recherche d'emploi, en sortie de l'Ecole, a été assez rapide pour ne pas dire inexistante. En effet, j'ai débuté chez ACTERNA en 1992 en tant que stagiaire. J'ai réalisé mon stage de fin d'études de 6 mois dans le service où je travaille actuellement.

L'année précédente, en fin de 2ème année de l'ISTASE, j'avais déjà effectué un stage non obligatoire de 2 mois dans cette même entreprise et cette initiative m'a permis d'obtenir mon stage de fin d'études. A l'issue de ce stage, j'ai enchaîné plusieurs périodes de CDD avant d'être embauchée en CDI, en octobre 1996.

Le groupe ACTERNA, spécialisé dans le milieu des télécommunications, est une entreprise internationale comptant 3700 salariés dans le monde. Sur le site de Saint-Etienne travaillent 130 personnes. Actuellement, l'entreprise compte 55 ingénieurs dont... 5 femmes. Ce faible rapport fait comprendre pourquoi on s'intéresse à nous ; comment vit donc cette minorité ? On a souvent des clichés de femmes isolées dans les entreprises, devant se battre dans un monde assez macho. Mon expérience va peut-être vous décevoir ou, je l'espère, plutôt vous rassurer car tel n'a pas été mon sentiment.

J'ai la chance de travailler dans un environnement plutôt masculin, avec des personnes qui ont l'esprit très ouvert. Loin de vouloir faire croire qu'ils embauchent indifféremment, sans aucune question, des hommes et des femmes, je reconnais qu'ils ont su avec intelligence, concilier les besoins de l'entreprise avec ceux de chaque salarié. Le faible nombre de femmes ingénieurs dans la société ACTERNA s'explique autant par le fait que globalement il y a moins de femmes ingénieurs que d'hommes (dans la plupart des promotions d'écoles techniques, le pourcentage de filles est du même ordre) que par le refus d'embaucher des femmes à certains postes stratégiques. Concernant les ingénieurs de mon entreprise, je n'ai pas eu d'informations relatives aux salaires respectifs des femmes et des hommes.

Lorsque l'on parle de femmes dans une entreprise, on en revient toujours au même sujet : le gros problème que posent les femmes (en général, et si on peut appeler cela un problème !) est, et sera toujours, celui des arrêts pour maternité. Il est vrai que lorsque j'ai annoncé à mes supérieurs que j'étais enceinte, j'ai été ravie que leur première réaction ait été de me féliciter et de me questionner sur ma santé. Pourtant, le sujet suivant a été rapidement abordé :"Bon alors tu t'arrêtes quand… aïe ! Ne pourrait-on pas décaler la date de 3 mois !?!?". L'entreprise reprenait le dessus !

Pour reprendre ce qui m'a été dit : "Les arrêts maternité sont perturbants pour une entreprise". Soit, mais ceci équivaut un arrêt maladie qui a le grand avantage d'être programmé, dont la durée est connue et qui permet donc de prendre des dispositions pour remplacer la personne en congé de maternité.

J'ai donc été remplacée durant mon arrêt maternité et cette personne a même été embauchée après mon retour ; comme quoi on peut faire des heureux.

J'ai repris le travail à temps complet mais il est vrai que mes nouvelles obligations familiales m'ont obligée à réduire mes horaires. Cela n'a pas été un mal car, avant mon arrêt, comme c'est actuellement le cas dans beaucoup de sociétés, les journées avaient tendance à s'allonger de plus en plus.

En conclusion, s'il est vrai que dans l'entreprise (en général) certains postes restent (sans vouloir l'avouer) plutôt réservés aux hommes, les femmes ont tout de même quelques avantages non négligeables.

Les demandes de temps partiel (dont on parle beaucoup actuellement avec les 35 heures et le désir des gens de profiter de plus de loisirs) sont souvent beaucoup mieux acceptées pour les femmes que pour les hommes (au grand désespoir de certains messieurs). Mon changement de rythme de travail, départ plus tôt de l'entreprise mais avec réduction des coupures dans la journée, n'a pas posé de problèmes vis-à-vis de mes collègues et je pense que je le dois au fait d'être une femme.

Mon exemple reste cependant un cas particulier et je conçois tout à fait que, dans certaines sociétés, cela soit très différent. Pour moi, dans l'entreprise, on retrouve les mêmes rivalités et contacts que dans le reste de la société. La parité homme-femme est loin d'y être parfaite mais que dire de la parité dans nos propres couples et familles... Dans un milieu constitué de personnes intelligentes, chacun arrive à trouver sa place et organise son travail comme sa vie en fonction de ses attentes.